Exploitation de la ressource en eau


La principale ressource en eau du territoire est constituée par la nappe de la craie. Les autres aquifères sont en effet pollués (nappes superficielles), ou difficilement exploitables (nappe du calcaire carbonifère). Il est important de signaler que l’extension de la nappe de la craie dépasse largement l’emprise du SAGE Scarpe aval.

Dans les années soixante-dix, près de 35 millions de m3 étaient prélevés chaque année. Ces volumes ont diminué progressivement (figure 7). Ils oscillent actuellement autour de 22 à 25 millions de m3/an :

- Les prélèvements domestiques ont augmenté de près de 50 % et représentent près de 85 % des prélèvements totaux. Ces prélèvements se font pour moitié au niveau des champs captants de Pecquencourt et Wandignies-Hamage et presque totalement sur une bande centrale correspondant à la limite de captivité de la nappe de la craie. Les deux tiers des prélèvements en eau potable, soit la moitié des volumes totaux prélevés sur le territoire sont exportés vers Lille, Valenciennes et Anzin. Les exportations sont donc très nettement supérieures aux importations, dans la zone du Douaisis (l’eau provient d’ailleurs du même bassin souterrain de la nappe de la craie) ;

- Les prélèvements industriels ont diminué de plus de 60 % depuis les années 70 et représentent 15 % des prélèvements totaux. La bonne qualité de l’eau est un critère moins important que pour l’alimentation en eau potable, les prélèvements se font donc sur une bande plus large, qui s’étend sur la zone libre de la nappe de la craie, au sud du territoire ;

- Les prélèvements agricoles varient peu et sont négligeables par rapport aux prélèvements en eau potable et industrielle. La moitié de ces prélèvements se fait au niveau de Sin-le-Noble.

- Les chiffres disponibles ne prennent en compte que les prélèvements soumis à autorisation ou déclaration, ce qui est rarement le cas pour les prélèvements agricoles et à usage de loisir (alimentation d’étangs, de mares…). Ces volumes ne sont donc pas tous connus de la CLE.

Figure 7 : Évolution des volumes prélevés dans la nappe de la craie sur la période 1972 - 2003 : détail par activité (Agence de l’eau Artois-Picardie, 2005)

Evolution des volumes prélevés dans la nappe de la craie sur la période 1972-2003

 

La capacité de la nappe de la craie est variable mais répond en général à la demande en eau des différents usages. Cet équilibre est cependant précaire et les réserves en eau peuvent être parfois insuffisantes en cas de succession d’années sèches.


Figure 8 : Exemple de chronique piézométrique d’un forage de la nappe de la craie : Rieulay, P_00281X0002F1 (entre 1994 et 2003)

Exemple de chronique piezométrique d'un forage de la craie

 

La nappe du calcaire carbonifère présente moins d’intérêt à l’échelle du SAGE que la nappe de la craie. Elle est cependant vitale pour la région de Saint-Amand-les-Eaux où elle est exploitée en qualité d’eau thermale et minérale.

Elle est destinée au thermalisme et surtout la mise en bouteille d’eau minérale.

Ces activités ont une grande importance économique. L’eau de source et l’eau minérale de Saint-Amand-les-Eaux sont notamment les plus consommées dans le Nord-Pas de Calais.

Cette nappe revêt une importance particulière à l’est du territoire du SAGE, dans le Hainaut belge (bassin de Mons), où elle est fortement sollicitée pour l’alimentation en eau potable.

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Qualité des eaux

Les eaux de surface

La qualité des eaux est fortement dégradée sur l’ensemble du bassin versant de la Scarpe aval. Les principaux polluants rencontrés sont :

  • - les matières organiques et minérales, l’ammonium et le phosphore, qui mettent en évidence une forte pollution d’origine domestique (défaut d’assainissement) et un impact de l’agriculture (amendement organique et élevage) ;
  • - l’acide aminométhylphosphonique (AMPA), qui est un dérivé du glyphosate (composant classique de nombreux désherbants), souligne l’usage excessif de pesticides par les collectivités, les gestionnaires de voiries, les particuliers et les exploitants agricoles ;
  • - les métaux lourds (plomb, cadmium, zinc, mercure, nickel, chrome), issus des activités industrielles essentiellement mais également de la circulation routière.

Bien que la qualité globale de l’eau soit encore aujourd’hui mauvaise, elle s’est améliorée depuis les années soixante-dix.

L’amélioration constatée n’est cependant pas nette et est ralentie par les conditions particulières du territoire : faibles niveaux d’eau, qui occasionnent de fortes concentrations en polluants, et quasi absence de débit qui limite l’évacuation de la pollution vers l’aval.

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Les eaux souterraines

Les analyses réalisées par l’Agence de l’eau Artois-Picardie au niveau de l’aquifère de la craie affichent des dépassements de normes de potabilité, notamment au sud du territoire, où cette nappe phréatique est libre. En zone de captivité, le long de failles, il existe également des risques de contamination.

La tendance actuelle, au contraire de la qualité des eaux de surface, met en évidence une augmentation progressive des concentrations en nitrates (figure 9), ou encore en pesticides depuis les années quatre-vingt.

Figure 9 : Evolution de la qualité des eaux de la nappe libre de la craie entre 1980 et 2002, exemple des nitrates (Agence de l'eau Artois-Picardie).

Evolution de la qualité des eaux de la nappe libre de la craie entre 1980 et 2002

 

De plus, les temps de réaction sont lents et les actions menées pour inverser la tendance mettront du temps à avoir des effets. La nappe de la craie est donc une ressource indispensable, mais très vulnérable.

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Milieux naturels


Les milieux naturels du bassin versant de la Scarpe aval sont dominés par les zones humides : marais et roselières, forêts et bois humides, étangs, prairies humides…

Les zones humides jouent un rôle important sur le territoire. Elles participent à :

  • - la richesse écologique,
  • - l’épuration de l’eau,
  • - la recharge des nappes souterraines,
  • - la lutte contre les inondations.

Elles sont pourtant très menacées, notamment par les activités agricoles (drainage) et forestières (développement de la populiculture), par le développement mal contrôlé des plans d’eau, ainsi que par l’urbanisation croissante (cf. paragraphe sur l’occupation des sols).

De ce fait un certain nombre des sites, majoritairement humides, bénéficient de mesures de protection qui sont mises en œuvre par divers organismes et structures :

  • - les sites naturels inscrits et classés (dossiers instruits par la DIREN Nord-Pas de Calais) ;
  • - les réserves naturelles régionales (RNR) de Wagnonville et des tourbières de Vred et Marchiennes (constituées à l’initiative du Conseil Régional Nord-Pas de Calais) ;
  • - les réserves biologiques domaniales (RBD) de la Mare à Goriaux, de l’étang du Bassy et du Mont des Bruyères (qui font l’objet de conventions passées entre les Ministères de l’environnement et de l’agriculture et l’ONF) ;
  • - les espaces naturels sensibles (ENS, propriétés du Conseil Général du Nord) ;
  • - les sites prioritaires du Parc naturel régional Scarpe-Escaut (36 des 41 sites prioritaires sont situés sur le territoire du SAGE) ;
  • - le terril Sainte-Marie, à Auberchicourt (géré par le Conservatoire des Sites Naturels du Nord-Pas de Calais).

Du fait de l’intérêt du territoire, certaines zones sont incluses dans le réseau Natura 2000 :

  • - trois Zones de Conservations Spéciales (ZCS) au titre de la directive européenne dite “habitats” depuis 2005,
  • - une Zone de Protection Spéciale (ZPS) au titre de la directive européenne dite “oiseaux” depuis 2006.

Au sein de ces zones classées Natura 2000, les démarches de protection et de préservation des milieux humides pourront faire l’objet de contractualisation avec l’Etat (exemple : les mares de la forêt de Marchiennes).

Autres milieux naturels du territoire, les cours d’eau du bassin versant ont été fortement modifiés et aménagés. Leur entretien relève de la compétence de structures intercommunales (communautés d’agglomérations, communautés de communes, syndicats…). Depuis plusieurs années, une partie de ces structures se sensibilise à une gestion plus naturelle des cours d’eau et de leurs abords, leur redonnant leur rôle hydraulique (expansion des crues) et/ou écologique (corridor, auto-épuration, lutte contre l’érosion). Des projets sont en cours sur tout ou partie du territoire afin d’améliorer :

  • - la gestion de la végétation des berges (abandon des coupes systématiques, diversification des espèces et des âges…),
  • - la circulation et la reproduction piscicoles (passes à poissons, restauration et entretien de zones de fraie…),
  • - les techniques de curage (douce, sans surcreusement du lit…),
  • - la qualité de l’eau (limitation des rejets, maintien des plantes aquatiques…),
  • - (…)

Malgré tout, les protections existantes ne suffisent pas et il reste encore beaucoup à faire afin de diminuer les menaces qui pèsent sur les zones humides, et de restaurer l’écosystème “cours d’eau” aujourd’hui pertubé…

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Risques hydrauliques

Les risques hydrauliques sur le bassin versant de la Scarpe aval sont principalement dus :

  • - à la cessation de l’activité minière,
  • - à l’urbanisation croissante, notamment sur les versants et en zone inondable,
  • - à la création de merlons et au surcreusement du lit mineur lors de certains curages,
  • - à la régression des zones humides,
  • - au retournement en culture de prairies humides et inondables,
  • - (…)

Ces risques hydrauliques sont à l’origine très localement de problèmes d’érosion, mais aussi et surtout de problèmes d’inondations.

L’activité minière a provoqué des affaissements de sols. Cela a des conséquences sur les installations humaines et les milieux naturels : formation d’étangs d’affaissement miniers, modification des écoulements des cours d’eau (stations de pompages indispensables)… Cependant, aujourd’hui, les risques d’affaissements miniers seraient considérés comme stabilisés (Charbonnages de France, INERIS, 1999). Toutefois, le risque d’inondation lié au dysfonctionnement des pompes demeure.

Il existe en effet différents types de risques d’inondation sur le bassin versant de la Scarpe aval :

  • - les inondations par débordement des cours d’eau, souvent provoquées par la pluviosité hivernale, mais parfois par des orages estivaux brefs mais puissants ;
  • - les inondations par remontée ou saturation de nappe, dans les zones où les nappes sont proches du sol, provoquées par le cumul des précipitations hivernales ;
  • - les inondations d’origine anthropique, dues au sous-dimensionnement des réseaux d’assainissement qui provoquent parfois des inondations localisées, ou encore aux perturbations liées aux affaissements miniers.

Les risques sont les plus forts :

  • - au niveau de la plaine de la Scarpe (toute la cuvette centrale du bassin versant), où les nappes superficielles sont proches du sol et où les ruptures de pentes freinent les écoulements et ruissellements des versants,
  • - dans les secteurs du bassin minier où la nappe de la craie est libre et proche de la surface (au sud du bassin versant) et où les affaissements miniers ont perturbé les écoulements,
  • - sur la Pévèle, par ruissellement et défauts d’assainissement par temps de pluie.

Notons toutefois que les risques d’inondations sont plus faibles que dans d’autres bassins versants du bassin Artois-Picardie comme la Somme, la Canche ou la Sambre.

Rappelons que ce phénomène d’inondations est naturel en zone basse et notamment dans la plaine alluviale. Eviter les dégâts, c’est d’abord les prévenir en maîtrisant entre autres l’urbanisation dans les zones amont et dans les zones inondables. Il faut avant tout avoir conscience que compte tenu des caractéristiques hydrographiques et hydrogéologiques, des inondations auront toujours lieu sur le territoire, y compris après de longues périodes de tranquillité.

La prévention et la lutte contre les inondations peuvent se faire :

  • - réglementairement, à travers l’élaboration de Plans de Prévention des Risques d’inondation (PPRI),
  • - techniquement, par l’amélioration de la gestion des eaux pluviales en milieu urbain, l’aménagement et le maintien de zones d’expansion des crues, de bassin de rétention le long des cours d’eau, l’entretien des cours d’eau ou encore la gestion fine des ouvrages hydrauliques et des niveaux d’eau,
  • - la préparation de la gestion de crise,
  • - la prise en compte des risques dans les documents d’urbanisme avant même l’élaboration des PPRI en se basant sur les connaissances du moment.

 

La gestion des inondations sur le territoire du SAGE est aussi conditionnée par :

  • - la présence d’un rétrécissement sur l’Escaut, à l’écluse de Kain, en aval de la confluence Scarpe-Escaut, qui empêche d’évacuer les eaux de la Scarpe lorsque l’Escaut est en crue ;
  • - la gestion des crises par Voies Navigables de France à l’échelle de la région.

 

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